14 octobre 2008

The Royall Musick

DSC04224Eglise de Bettange-sur-Mess
19 octobre 2008 à 16h00

The Royall Musick

Avec le présent concert, il se tourne exclusivement vers la musique britannique allant de la fin du 16e au début du 17e siècles. Presque toutes ces pièces furent exécutées à la cour royale qui employait les meilleurs compositeurs du moment. La royal music connut un grand essor sous les premiers Tudor (Henry VII et VIII) et se composait des musiciens de la Presence Chamber, de la Privy Chamber et de la Bedchamber auxquels pouvaient se joindre les chanteurs de la Chapel Royal. Sous le règne d'Elisabeth I, la Royall Musick compta environ trente musiciens alors que la Chapel Royal comptait près de quarante chanteurs. Conçu par Christopher Coggill, le présent concert s'articule autour des Seven Tears de John Dowland auxquelles sont adjointes des pages de W. Byrd, J. Coprario, Th. Morley, O. Gibbons et d'autres. Exécutants: Barbara Hall, chant; A. Protopapadakis, M. Desgrandschamps, J. Weyrich, C. Birch, E. Seymour, P. Rausch, C. Coggill, violes et violons ainsi que David Fox, luth et Mick Swithinbank, clavecin.

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The Royall Musick

Notre programme s’articule autour de la musique anglaise de la fin du 16e et du début du 17e siècles. La plupart de cette musique fut écrite par des compositeurs travaillant pour la cour royale qui employait les meilleurs musiciens du pays. La musique royale connut un essor considérable sous les premiers Tudor (Henry VII et Henry VIII) et inclut des musiciens de la Presence Chamber, de la Privy Chamber et de la Bedchamber ainsi que des chantres de la Chapel Royal. L’expansion était due principalement à l’engagement de musiciens étrangers, souvent des juifs italiens, dont les familles s'installèrent rapidement et et gardèrent les charges royales comme un héritage familial. Sous Elisabeth I, la Royall Musick compta près de trente musiciens alors que la Chapel Royal rassembla plus de quarante chantres.

DSC06760La cour d’Elisabeth était une place publique et ses préférences musicales devinrent évidemment des impératifs stylistiques, surtout pour les sujets les plus nantis. De plus, Elisabeth entreprit presque annuellement de longs voyages de plusieurs mois, amenant toute sa suite. Ses hôtes devaient pourvoir à chacun et lui prodiguer de la musique et des délassements. Comme certaines de ces maisons nanties occupaient quelques musiciens, la plupart d'entre eux étaient indépendants pour ces occasions. Des enfants de choeur formés au chant et au jeu de la viole, étaient particulièrement appréciés puisqu'ils étaient doués pour le théâtre et la musique. Plus tard sous le règne, à mesure que les libéralités royales se firent plus autocratiques, des compagnies d'acteurs professionnels se spécialisèrent dans la présentation dramatique. Le mélange hardi de drame, musique, danse, machines de scènes et scénarios opulents s'érigea bientôt en mascarades pour divertir l'oreille et l'œil royal.

Elisabeth décède en 1603 et son successeur, James VI d'Ecosse, emmène avec lui son fils aîné Henry à Londres. Henry avait également sa propre musique privée mais lorsqu'il mourut prématurément en 1613 à l'âge de 18 ans, la plupart de ses musiciens furent repris par son frère Charles. Ayant confié la direction de son ensemble à John Coprario, Charles réussit à créer l'ensemble instrumental le plus moderne de l'Europe. Il put compter en son sein des musiciens aussi renommés que le claveciniste et organiste Orlando Gibbons, le luthiste Robert Johnson, les frères Lawes, deux générations de la famille Lupo, Alfonso Ferrabosco II, et le vénitien Angelo Notari, nouvellement immigré.

DSC06740Deux membres du groupe (qui fut connu sous le nom de Coprario's Musick) étaient des violonistes et il semble clairement indiqué par la tessiture des parties séparées que l'on pratiquait la musique en groupe mixte de violons et violes soutenus harmoniquement par des claviers, luths et basses de viole. Gibbons et Coprario furent évidemment les maîtres de ces sonorités nouvelles alors que Coprario allait conduire la fantaisie instrumentale héritée du XVIe siècle vers la Suite en l'augmentant de mouvements issus de la danse – comme l'allemande, la courante, et le sarabande (en effet, les maîtres de danse venaient généralement de la France).

Le divertissement musical formel devint bien vite un événement du règne de James: lui et son auguste épouse (Anne du Danemark) organisèrent annuellement l'un pour l'autre une mascarade durant laquelle on assignait à un grand nombre de l'assistance aristocratique un rôle formel. Les partitions n'ont pas survécu, mais l'on pense qu'un grand nombre des chansons et des danses qui nous sont parvenues de cette période furent originellement écrites pour la mascarade et furent rendues populaires et accessibles sous des formes modifiées, en leur soumettant par exemple de nouvelles paroles. Des compositeurs au talent multiple, tels que Campion (un poète) et Lanier (chanteur et peintre) étaient particulièrement demandés pour ces événements, et il arrivait même que la totalité de la Royall Musick ne suffise pas pour ces extravagances de sorte que l'on renforçait les rangs par des chantres de la cathédrale St. Paul ou encore par des musiciens indépendants.

DSC06757C'est en 1613, que la princesse Elisabeth épouse l'Electeur Palatin, Frédéric V. Trois compositeurs – Byrd, Bull et Gibbons – composèrent un livre de célébration avec de la musique pour clavier imprimé à partir de plaques de cuivre gravées. Des trois mascarades que l'on donnait cette année là, c'est le Lord's Masque, composé principalement par Thomas Campion, qui était destiné au couple royal. Nombre des exécutants firent un voyage à Heidelberg pour la doublure de l'exécution à la cour de l'Electeur. Car il ne faut pas oublier que c'était une époque durant laquelle de nombreux musiciens anglais sillonnèrent les routes européennes de Vienne à Madrid, d'Innsbruck à Hambourg et Elsenor.

C'est ainsi que notre concert de musique de la cour anglaise n'aurait pas paru si étrange à un public luxembourgeois il y a quatre siècles. Après tout, St. Willibrord était un Anglais.

DSC06724Lachrimæ

John Dowland (1563-1626) est considéré comme le plus grand luthiste de son temps. Ses tentatives de décrocher un poste à la cour anglaise échouèrent sans doute à cause de son catholicisme et il passa une grande partie de sa vie professionnelle en Allemagne du Nord et à la cour royale du Danemark. Il nous a légué cinq livres de chansons et peut-être une centaine de pièces pour luth. C'est en 1605 qu'il retourna en Angleterre pour la publication de son œuvre la plus célèbre, les Lachrimæ. Il eut peut-être un poste à la cour de Londres sous le roi James et participa comme luthiste aux festivités des noces d'Elisabeth et de Frédéric. Il participa également aux funérailles de James. Le thème des Lachrimæ est tiré de Flow, my tears, extrait de son premier livre de chansons. La cellule de quatre notes qui engendre la mélodie, est récurrente dans toute la musique européenne de cette époque et n'est donc pas spécifique à la seule musique anglaise. On la retrouve non seulement dans des pavanes de Holborne, Lawes, Gibbons, Tomkins, Jenkins et tant d'autres mais également dans la musique de l'Allemagne. Dowland a composé sept pavanes de Lachrimæ, explorant chacun des aspects différents de la douleur de l'amour contrarié.

Though Amaryllis dance in Green

William Byrd (c. 1540-1623) fut l'un des rares compositeurs catholiques à jouir d'un poste à la cour d'Elisabeth. Il est considéré de nos jours comme l'un des plus grands compositeurs européens, estime que devait déjà lui témoigner son auguste employeur. Il influença le développement du consort de violes, en l'éloignant du modèle initial imprégné à ses débuts par Christopher Tye (le professeur de musique d'Elisabeth) dont le style était basé sur des cantiques d'église pour le conduire vers une forme libre en lui adjoignant de la musique populaire. Il contribua à la création d'une forme agrandie de la musique du verse anthem, il s'engagea pour l'éducation et le divertissement des choraux, et il fut le créateur du consort song, pour voix et violes. Il était également un compositeur formidable pour le clavier. Enfant de chœur, il aura certainement entendu le jeu d'Antonio Cabezon, l'organiste impérial, tout comme il rencontra le maître de musique impérial, Philippe de Monte à l'occasion des noces de Queen Mary avec Philippe II d'Espagne. Il restera d'ailleurs en contact épistolaire avec Philippe de Monte: certaines de leurs pièces explorent des thèmes communs, mais Byrd a souvent utilisé l'opportunité de cette production de compositions pour soutenir la communauté catholique d'Angleterre.

Suite in C

John Coprario, (1575-1626) était le compositeur préféré du prince Charles dont il avait en charge sa musique privée. Coprario enseigna la viole au prince Henry et son élève William Lawes l'enseigna à Charles. Coprario rédigea son traité How to compose (Comment composer) pour Lawes. Il semble qu'il ait effectué quelques voyages dans le sud de l'Europe (tout comme il faisait partie de ceux qui se rendirent à Heidelberg). Payant son tribut à la mode humaniste, il italianisa son nom John Cooper en Coprario. C'est avec les suites de Coprario que la transition vers le baroque se fait plus clairement entendre. Mais ce n'est pas tant le continuo (qui est davantage l'implantation technique des idées baroques) qui est en cause mais l'esprit baroque: le développement de la rhétorique, du drame et de la déclamation dans la musique.

April is in my Mistress' Face

Morley était élève de Byrd et put donc jouir de l'appui de la famille Paston de Norwich, mais il n'est pas connu comme catholique. Sa réputation se fonde sur son livre A plaine and easy Introduction to practical Music (Essai simple et facile pour la pratique de la musique) ainsi que sur sa compilation d'un groupe de madrigaux The Triumphs of Oriana en l'honneur de la reine Elisabeth. Il composa également des chansons pour voix et luth ainsi que des œuvres pour le broken consort anglais comprenant violon, flûte, luth, basse de viole, cythare et bandora, un effectif associé au nouveau théâtre professionnel. Certains de ses madrigaux montrèrent l'influence du madrigal italien adapté au goût anglais dans un ouvrage publié en 1588 par Nicholas Yonge sous le titre de Musica Transalpina. (Celui-ci dirigea d'ailleurs un important chantier de publications de madrigaux de compositeurs anglais.) Morley décéda en 1603.

Parthenia and the Fitzwilliam Virginal Books

Orlando Gibbons (1583-1628) était chantre au King's College de Cambridge. Il devint organiste de la chapelle royale en 1605. Il était l'éditeur de Parthenia, un cadeau de mariage composé en collaboration avec Byrd et Bull, pour les noces de la princesse Elisabeth avec l'Electeur Frédéric.

The Fitzwilliam Virginal Book est le manuscrit d'une compilation que le catholique opposant, Françis Tregian, rédigea entre 1609 et 1619 lors de son emprisonnement. Il contient des pièces de Gibbons, Morley, Farnabye, Phillips, Bull et Richardson ainsi que quelques pages de compositeurs continentaux. Giles Farnabye (1563-1640) était un excellent claviériste et un ébéniste qui s'est probablement spécialisé dans la facture d'instruments à clavier.

DSC04064Harke, harke

Tobias Hume (1569-1645) était mercenaire, un officier d'abord à la solde de l'armée du roi de Suède et passa plus tard dans l'armée du Tsar russe (Boris Godounov). Lors de sa retraite à Londres, il publia The first part of Ayres. C'est vers 1605 qu'il se brouilla avec Dowland dans un échange vigoureux au sujet des mérites relatifs du luth et de la viole. Certains pensent qu'il servait à Shakespeare comme modèle pour Sir Andrew Aguecheek (Il joue de la viole et parle trois ou quatre langues, mot à mot sans livre: 'La Nuit des Rois' Shakespeare) Et finalement, l'on retrouve dans son livre la première mention historique des termes pizzicato et col legno.

All Creatures now

Peu de choses nous sont connues de John Bennet (1575-1614). Son madrigal Weep, weep, mine eyes publié en 1599 dans son livre de madrigaux, fait référence aux Lachrimæ de Dowland. All creatures now est issu de la collection Oriana de Morley.

Suite in C

Charles Coleman (?-1664) participa comme musicien aux funérailles du roi James. Il composa également différentes mascarades pour Charles I qu'il exécuta lui-même (chant et luth). Il semble cependant qu' il fut ensuite du côté des Puritains. Il composa une grande partie du premier opéra anglais The Siege of Rhodes (1656) dans lequel son fils et sa belle fille Katherine Ferrabosco chantèrent. Il regagna un poste royal à la Restauration. La Suite que nous jouons aujourd'hui fut probablement, à son origine, de la musique de mascarades pour Charles I.

It fell on a Summer's Day

Poète, chanteur, luthiste et compositeur, Thomas Campion est né en 1567 et décédé en 1620. Il fit des études de droit, mais se tourna plus tard vers la médecine, après avoir entrepris un périple de trois années à travers la France. Il rédigea des traités théoriques sur la composition musicale et la versification poétique. Il collabora à un certain nombre de mascarades dont la plus célèbre est celle qui fut présentée lors des noces de la princesse Elisabeth et de l'électeur Frédéric. Il mit non seulement ses propres vers en musique mais également ceux de Rosseter et de Pilkington avec lesquels il dut nouer des liens plus étroits puisque ceux-ci mirent également en musique des vers de Campion.

DSC06743Four-note Pavan

Voilà une bien étrange histoire que celle de la famille Ferrabosco. Alfonso Ferrabosco I, né en Italie, compositeur et violiste, émigra vers l'Angleterre où il devint un grand favori de la reine Elisabeth après une carrière inégale en Italie et en France. Il retourna vers le continent Européen à deux ou trois reprises fort rapprochées, ce qui suscita, tout comme sa fréquentation de la messe catholique dans la résidence de l'ambassadeur de France à Londres, des rumeurs quant à sa loyauté politique: l'on n'hésite pas à l'appeler Le 007 des compositeurs. Ainsi, lorsqu'il quitta l'Angleterre pour de bon, il fut obligé de la quitter sans son fils ni sa fille, sans doute comme gage de son silence. pour assurer la sauvegarde de ses biens.

Alfonso II (1575-1628) devint finalement un musicien aussi accompli que son père, un des compositeurs les plus éminents pour la musique de viole. Avec son beau-frère, le maître de la musique royale Nicholas Lanier, il fut l'initiateur du récitatif anglais. Comme musicien, il participa à de nombreuses mascarades royales qui émaillèrent le règne carolingien et qui furent organisése par le poète Ben Jonson et l'architecte Inigo Jones. La notoriété de la Four-note pavan fut telle que Jonson rédigea des vers pour le thème des quatre notes.

The Lord's Masque

Cette courte pièce extraite de Parthenia Inviolata - une sorte de suite de Parthenia arrangé par Thomas Ravenscroft - est de toute évidence un arrangement d'une danse de mascarade.

The Duchess of Brunswick's Toy

Né en 1562 et décédé en 1628, John Bull était le prédécesseur de Gibbons comme organiste à la Chapelle Royale et le professeur de musique de Gresham à Londres. Mais il semble qu'il fut également un adultère notoire qui dut éventuellement fuir l'Angleterre en prenant un emploi aux Pays-Bas où il prit une part importante dans le développement de l'école d'orgue néerlandaise bourgeonnante.

DSC06735Fantasy à 6

William Lawes (1602-1645) dut peut-être sa promotion précoce au sein de la Musique Royale à la présence de son frère Henry et de son maître Coprario. Mais il fut lui-même un grand original, composant de la musique aussi audacieuse que dramatique. C'est avec les fantaisies de Lawes que nous pouvons enfin accepter que la musique soit davantage écrite pour des exécutions publiques plutôt que pour le seul plaisir des exécutants. Sa mort précoce, abattu dans l'armée du roi lors du siège de Chester, fut une grande perte pour la musique.

Christopher Coggill

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